La bienveillance : quand le mot tue la chose

Publié le , par Pascale Corbel
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La bienveillance : il y a des gens bienveillants. Et il y a des gens qui vous disent qu’ils sont bienveillants. Ce ne sont pas les mêmes.

Un mot partout, une vertu nulle part

Ouvrez LinkedIn. Ecoutez le discours d’un manager en séminaire. Ecoutez le pitch d’un coach de vie. Le mot est là, omniprésent : bienveillance. On la revendique en réunion, on l’affiche dans les chartes d’entreprise, on la glisse dans les bios Instagram entre « passionné » et « curieux du monde », juste après le logo de l’organisme de formation qui l’a certifiée.

Sauf que voilà le problème : les gens vraiment bienveillants ne vous disent généralement pas qu’ils sont bienveillants. Ils sont bien trop occupés à l’être.

« En toute bienveillance… » la formule qui trahit tout

Il existe une règle très simple : plus quelqu’un proclame une qualité, moins il y a de chances qu’il la possède vraiment. Celui qui dit « je suis humble » ne l’est pas. Celui qui dit « je suis honnête » mérite surveillance. Et celui qui commence chaque phrase par « en toute bienveillance… » attachez votre ceinture.

Cette formule magique précède invariablement une remarque qui fait mal, un jugement déguisé en conseil. C’est une clause de non-responsabilité émotionnelle. Elle dit en substance : « ce que je vais te faire va piquer, mais je suis une bonne personne, donc c’est bon ». Avoir le beurre de la franchise et l’argent du beurre de la gentillesse, en somme.

Le business de la bienveillance

Le monde professionnel a industrialisé le concept jusqu’à le vider de son sens. Des formations entières sont vendues sur « le management bienveillant ». Des conférenciers facturent plusieurs milliers d’euros pour vous expliquer, dans des salles climatisées avec buffet de qualité variable, l’importance de l’humanité au travail. Il y a quelque chose de légèrement vertigineux là-dedans.

La bienveillance est devenue un outil de performance, un argument marketing, un costume. Ce faisant, elle a cessé d’être ce qu’elle était : une disposition intérieure, un rapport spontané et gratuit à l’autre. Rien de tel pour tuer une vertu que d’en faire une compétence certifiable.

A quoi ressemble la vraie bienveillance ?

Elle est rarement spectaculaire. Elle ne se photographie pas bien et ne s’accompagne d’aucune musique inspirante.

C’est la personne qui rappelle quand ça ne va pas, sans que vous ayez à le demander. Celle qui ne dit pas « appelle moi si tu as besoin ». Formule confortable car elle sait très bien que vous n’appellerez pas, mais qui appelle elle-même. C’est la critique formulée avec soin parce qu’on tient à l’autre, pas pour briller en réunion. L’attention discrète. Le silence qu’on garde quand on pourrait blesser.

La bienveillance authentique n’a pas de compte Instagram ou YouTube. Et si elle en avait un, elle ne posterait probablement rien.

La bienveillance n’est pas ce qu’on dit de soi. C’est ce que les autres ressentent sans qu’on ait eu besoin de le leur annoncer.