Ce que nous avons perdu en chemin
Il y a des souvenirs qui ne sont pas des images, mais des odeurs, des sons, une certaine chaleur. Quand je pense à la France de mon enfance, je ne revois pas de grands événements : je retrouve une ambiance. Une douceur de vivre faite de mille petites choses, que je n’ai vraiment cmprise que le jour où elle s’est effacée. Pour une fois, ce n’est pas d’une pierre que je vais vous parler, mais de ce qui, pour moi a toujours été un précieux trésor : ce temps où l’on prenait le temps.
Le sapin, avec papa
Chaque année, quelques jours avant Noêl, j’allais avec mon père acheter le sapin. Ce n’était pas une corvée, c’était un rendez-vous. On le choisissait ensemble, on le tournait dans tous les sens, on discutait de sa hauteur et de ses branches comme s’il s’agissait d’une affaire sérieuse, puis on le rapportait à la maison, l’odeur de résine déjà dans l’air. La décoration pouvait commencer, et avec elle l’attente, cette joie lente qui montait de jour en jour. Ce moment passé à deux comptait presque autant que Noël lui-même.
Aujourd’hui, je mesure ce que cela voulait dire. Un père et sa fille qui font ensemble le chemin, qui se parlent sans regarder l’heure, qui créent sans le savoir un souvenir qui durera toute une vie. Personne n’aurait pensé à le photographier ou à le partager : il se vivait , simplement, et c’est ce qui le rendait si précieux.
Une ambiance que l’on ne retrouve plus
Noël, à cette époque, c’était d’abord une ambiance. La maison se remplissait, la table s’allongeait , on parlait fort, on riait, on se retrouvait. On ne regardait pas sa montre, on n’avait pas d’autre endroit où être. Les cadeaux étaient simples et attendus longtemps, et la joie qu’ils procuraient n’avait rien à voir avec leur prix. On se connaissait entre voisins, on se saluait dans la rue, on s’arrêtait pour prendre des nouvelles, et il y avait toujours quelqu’un pour pousser la porte sans prévenir. Le monde était plus petit, et c’est peut-être pour cela qu’il nous emblait si chaleureux.
Cette convivialité n’avait rien d’extraordinaire. C’était notre quotidien. Voilà pourquoi on ne l’a pas vue partir : elle ne s’est pas éteinte un jour précis, elle s’est effilochée, année après année, jusqu’à ce que l’on s’aperçoive qu’elle n’était plus là.
La table, la rue, le village
Cette douceur ne se limitait pas à Noël. Elle se retrouvait dans les repas qui s’éternisaient, où chacun avait sa place et sa part de conversation, où l’on cuisinait à plusieurs et où l’on se levait de table sans avoir vu passer l’après-midi. Elle se retrouvait dans les petites courses du matin, quand aller chercher le pain voulait dire bonjour à tout le monde, échanger trois mots avec le commerçant, prendre des nouvelles de la voisine. Elle se retrouvait dans les rues où les enfants jouaient dehors jusqu’à la nuit tombante, sous le regard bienveillant de toute une communauté. Chacun savait un peu qui était l’autre, et cette simple connaissance créait un sentiment de sécurité que nulle porte blindée ne remplace.
Ce que nous avons perdu
Je ne suis pas de celles qui pensent que tout était mieux avant. La mémoire embellit, chaque époque a eu ses difficultés, et nous avons gagné énormément : du confort, de la rapidité, l’accès à tout, à tout instant. Mais je sais aussi que l’on n’obtient rien sans rien donner en échange, et que nous avons payé quelque chose sans nous en rendre compte.
Nous allons plus vite, et pourtant nous avons moins de temps. Nous sommes joignables à toute heure, et pourtant nous nous parlons moins. On commande un sapin en quelques clics, et c’est le rituel qui disparait avec le trajet. Les écrans ont pris la place de la table, les voisins se connaissent à peine, et les fêtes se préparent dans l’urgence, entre deux obligations, comme une ligne de plus à cocher. Nous avons gagné du temps, et nous l’avons perdu : il nous manque ce temps partagé, celui qui ne produit rien et qui compte pourtant plus que tout.
Je dois aussi dire ce que je ressens, sans détour. Parmi ceux qui sont venus s’installer chez nous, il y a des personnes qui aiment la France, qui travaillent, qui respectent nos usages et qui font désormais partie de notre pays. Mais il y en a aussi, certains, qui veulent imposer leur façon de vivre à nous, les Français, comme si c’était à nous de nous adapter, sur notre propre terre. Je me pose toujours la même question : si demain j’allais vivre en Iran, aurais-je le culot, où l’indécence, d’y imposer ma façon de vivre ? Bien sûr que non. Quand on est accueilli quelque part, on respecte les lois, les usages et les traditions du pays qui nous reçoit. Ce n’est pas du rejet, c’est de la réciprocité ; j’accueille, mais j’attends aussi que l’on respecte ce que nous sommes, nos fêtes, nos paysages, notre manière de vivre ensemble, et ce que nos parents nous ont transmis.
Nous avons aussi perdu une part de transmission. Autrefois, on apprenait en regardant faire : comment choisir un sapin, comment préparer un plat, comment recevoir. Ces savoirs se passaient sans mode d’emploi, au fil des journées partagées. Aujourd’hui, tout s’apprend sur un écran, seul et ce qui se transmettait par le geste et par la présent se perd peu à peu. Une solitude discrète s’est installée, que l’on remarque surtout au moment des fêtes, quand le silence de certaines maisons contraste avec les souvenirs de celles qui étaient pleines. Cette solitude touche beaucoup de monde.
Et si nous en reprenions un peu ?
Retrouver cette douceur ne demande pas de revenir en arrière. Cela commence par des gestes tout petits : choisir un sapin avec un enfant, même s’il en existe de plus pratiques, frapper à la porte d’un voisin pour prendre de ses nouvelles, poser les téléphones le temps d’un repas ; inviter quelqu’un à la bonne franquette, sans attendre que la maison soit parfaite. Ce sont de petites choses, mais ce sont elles qui faisaient la France que j’ai aimée. Et ce sont celles que nous pouvons encore transmettre.
Mais il est aussi temps de nous ressaisir. Je ne parle ni de colère ni de haine : je parle de dignité. Nous avons trop longtemps baissé les yeux, par politesse, par fatigue, par crainte de déplaire, et à force de nous effacer, nous avons laissé croire que notre pays n’avait ni usages ni fierté à défendre. Cela suffit. On peut être accueillant et rester debout. On peut être courtois et ne plus accepter de se faire marcher dessus. Aimer la France, c’est lui parler d’égal à égal, la défendre sans honte, et attendre de chacun, d’où qu’il vienne, le respect qu’elle mérite. Cette fierté tranquille, nos parents l’avaient. A nous de la retrouver, pour que la douceur de vivre que j’ai connue ne devienne pas seulement un souvenir.
Cette année, quand viendra le moment de choisir le sapin, je penserai à mon père. Et je me dirai que la douceur de vivre ne disparaît pas tout à fait : elle attend simplement qu’on lui fasse de la place.
Si ce texte a réveillé en vous un souvenir, une odeur de sapin, une table pleine, un geste de votre enfance, j’aurais plaisir à le lire en commentaire. Et si vous avez envie de retrouver un peu d’ancrage, je propose un bilan personnalisé des 7 chakras au pendule ainsi que des soins sur mesure à découvrir sur pascalecorbel.fr