La vengeance

Publié le , par Pascale Corbel
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Poison de l’âme ou justice légitime ?

La vengeance… Ce sentiment puissant qui nous saisit lorsqu’on a été blessé, trahi, humilié. Mais que cache vraiment cette soif de revanche ?

Les promesses séduisantes

La vengeance murmure : « Vous vous sentirez mieux une fois que justice sera faite », « il mérite de souffrir ». Elle se pare des habits de la justice, promet la libération.

Comme Edmond Dantès devenu Comte de Monte-Cristo, elle fait miroiter la satisfaction ultime. Pendant quatorze ans dans les ténèbres, le jeune marin a survécu grâce à une seule flamme : celle de la vengeance. Devenu riche et puissant, il a détruit ses trois traîtres avec une précision implacable.

La vengeance pour un être cher

Parfois, c’est la souffrance d’un être aimé qui enflamme notre rage. Un parent dont l’enfant a été tué. Une mère dont la fille a été violée. « Je le fais pour lui, pour elle, pour leur rendre justice ».

Mais en est-elle moins toxique ? On porte non seulement sa propre douleur, mais aussi celle de l’être aimé. Mission impossible : réparer l’irréparable par la destruction de l’autre.

Au final ? L’être cher ne revient pas. La blessure ne guérit pas. Et pendant qu’on complote et détruit, on ne vit pas. Celui qu’on aimait aurait-il voulu qu’on sacrifie notre vie ?

Le vrai visage ?

La vengeance nous enchaine à notre bourreau. Nous restons prisonniers de notre obsession.

La vengeance nous transforme. Pour faire mal, nous devons devenir celui qui fait mal. Le monstre prend racine en nous.

La vengeance ne répare rien. Le Comte de Monte-Cristo découvre cette vérité : après avoir détruit ses ennemis, Mercédès est à jamais perdue. Les années volées ne reviendront pas. Et dans sa quête, il a fait souffrir des innocents.

La vengeance est un poison lent qui nous isole, nous consume et nous maintient dans le rôle de victime. L’énergie investie est volée à notre vie. Pendant que nous ruminons, la vie passe.

Justice ou vengeance ?

La justice rétablit l’équilibre social, protège les autres, vise la réparation. Elle est encadrée, limitée.

La vengeance est personnelle, sans limite, animée par la haine. Elle cherche à détruire.

Oui, il est légitime de porter plainte, d’exiger que l’agresseur soit jugé. Mais cela n’a rien à voir avec le désir de destruction.

Mais soyons honnêtes : la justice n’est pas toujours au rendez-vous. Coupables acquittés faute de preuves. Victimes non crues. Procédures qui s’éternisent. Peines dérisoires. Agresseurs en liberté.

Surtout en ce moment, où le système judiciaire montre ses limites, ses failles, ses injustices. Quand la justice institutionnelle échoue, la tentation de la vengeance devient dévorante.

Et quand la justice échoue ? et elle échoue parfois que faire ?

Quand le coupable est acquitté ? C’est là que la tentation devient la plus forte. Et la plus dangereuse. Car en devenant soi-même le juge et le bourreau, on ne corrige pas l’injustice. On la perpétue.

La vraie question n’est pas « la justice a t elle été rendue ? »

La vraie question est : « vais-je laisser cette injustice me détruire aussi ? ».

Le chemin de la libération

Reconnaissez votre colère. Elle est légitime. Ce qui vous est arrivé ou ce qui est arrivé à ceux que vous aimez, est injuste.

Choisissez de ne pas laisser cette colère vous définir.

Le pardon ? Pas une obligation. Comment pardonner l’impardonnable ? Peut-être que le pardon ne viendra jamais. C’est acceptable.

Mais il y a une différence entre ne pas pardonner et se consumer dans la haine. Entre refuser d’oublier et refuser de vivre.

Parfois, il s’agit simplement de lâcher prise. De reconnaître que certaines personnes ne comprendront jamais. Notre problème n’est pas eux. Notre problème, c’est de survivre. De vivre pour ceux qui ne le peuvent plus.

La vraie revanche

Vous voulez vraiment vous venger ? Alors vivez.

Vivez pleinement. Reconstruisez vous. Aimez ceux qui restent. Créez. Avancez.

Si vous êtes parent d’une victime : vivre, c’est honorer sa mémoire. Refuser que sa vie se résume à sa mort.

Si vous êtes proche d’une victime : vivre, c’est lui montrer qu’il peut aussi survivre.

Le Comte de Monte-Cristo a compris au terme de son odyssée : « toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots : attendre et espérer. »

Pas « haïr et détruire ». Attendre et espérer.

Attendre que la tempête s’apaise. Espérer que la vie vaut encore la peine d’être vécue.

En conclusion

La vengeance promet la paix mais offre la guerre intérieure. Que ce soit pour soi ou pour un être aimé, elle ne répare rien.

La vraie force est dans la capacité à se reconstruire.

Vous ne devez rien à celui qui vous a fait du mal. Ni pardon, ni compréhension .

Mais vous vous devez – et à ceux que vous aimez- de ne pas laisser cette personne vous voler votre avenir en plus de votre passé.

 

Vivez. Pour vous. Pour ceux qui restent. Pour ceux qui ne le peuvent plus. C’est la plus belle des vengeances.